NOTRE LETTRE OUVERTE
La Fédération de Paris du Secours populaire tire la sonnette d’alarme. À Paris, la précarité alimentaire atteint un niveau préoccupant : près de 15% de la population de l’agglomération parisienne est en insécurité alimentaire, soit 1 habitant sur 7. Malnutrition, repas sautés, portions réduites, anxiété quotidienne de manquer de nourriture, consommation d’aliments de mauvaise qualité… Manger est un besoin vital. Pourtant, s’alimenter en quantité suffisante et de bonne qualité est rendu de plus en plus difficile pour un nombre croissant de personnes, alors même que des millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées chaque année.
Les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire et de l’inflation ont eu un effet accélérateur sur l’évolution d’une précarité alimentaire déjà en hausse depuis plusieurs années. Les situations des publics déjà précaires se sont aggravées, à l’image des familles monoparentales ou des personnes en situation irrégulière. Mais cette précarité, souvent associée aux personnes sans emploi ou à des publics en situation de grande pauvreté, s’étend désormais bien au-delà. Des comportements d’achat alimentaire, autrefois associés aux ménages les plus pauvres, se répandent au sein d’une population jusque-là épargnée : achats de produits de premiers prix parfois peu qualitatifs, réduction des quantités achetées et consommées ou encore renoncement à certains aliments, trop coûteux tels que les produits frais. Plus inquiétant encore, de nouveaux profils ont désormais recours à l’aide alimentaire des associations : étudiants, retraités isolés, familles monoparentales ou encore travailleurs pauvres. Si travailler ne protège pas de l’insécurité alimentaire, faire des études expose davantage à celle-ci. 46% des étudiants réduisent leurs portions alimentaires et 34% sautent régulièrement des repas par manque d’argent.
Cette augmentation du nombre de personnes en situation de précarité alimentaire met à rude épreuve les capacités de réponse des associations. Depuis 2020, elles estiment que la fréquentation de leurs dispositifs a augmenté de 20% à 30%. Les associations répondent aussi bien à des situations d’urgence que de grande pauvreté durable, l’aide alimentaire ne peut, à elle seule, couvrir l’ensemble des besoins. Les associations n’ont ni la capacité d’assurer trois repas par jour aux personnes qu’elles accueillent, ni la mission de se substituer aux pouvoirs publics. La lutte contre la précarité alimentaire doit passer par la mise en place d’une politique publique à la hauteur des enjeux rencontrés sur le terrain et qui a pour objectif premier de permettre à toutes et tous de manger à sa faim.
L’insécurité alimentaire a des conséquences sanitaires et sociales désastreuses : carences nutritionnelles, maladies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires ou encore obésité), détresse psychologique (troubles du sommeil, angoisse, dépression, etc.), honte, gêne ou encore isolement social. L’insécurité alimentaire impacte l’estime de soi et fragilise la construction du lien social. Pour les parents, elle génère de la culpabilité et de l’inquiétude face à l’impossibilité de nourrir correctement leurs enfants. En 2025, une enquête Ipsos commandée par l’ANSES relève que 22 % des travailleurs pauvres déclarent devoir priver leurs enfants d’un repas. Pour les ménages en situation de précarité avec des enfants en bas âge, les produits liés la petite enfance, notamment le lait infantile et les couches, sont difficilement accessibles, voire inaccessibles du fait de leur coût élevé, impactant la santé du jeune enfant.
Dans un contexte de creusement des inégalités et de hausse du taux de pauvreté, la Fédération de Paris du Secours Populaire, acteur historique de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion à Paris, appelle à un engagement fort et durable des candidats aux élections municipales dans la lutte contre la précarité alimentaire et les autres formes de précarité, qui très souvent l’accompagnent. En effet, l’aide alimentaire ne se limite pas à une réponse d’urgence : elle constitue une porte d’entrée essentielle vers un accompagnement social global, en matière d’accès aux droits, de santé, d’insertion ou encore de lutte contre l’isolement. La lutte contre l’insécurité alimentaire nécessite une mobilisation renforcée des acteurs dans les domaines médico-social et éducatif.
À l’approche des élections municipales, la Fédération de Paris du Secours populaire verse au débat public une série de recommandations qui appellent à renforcer le soutien aux associations et le financement des actions de solidarité. La lutte contre la pauvreté est l’affaire de toutes et tous.
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